La porte est ouverte, et pourtant un homme demeure toute sa vie sur le seuil sans jamais le franchir. Cette scène laissée par Kafka dans « Devant la loi » nous rappelle que ce qui retient une personne n'est pas toujours une porte de fer ou un mur visible. Les anciennes habitudes, la peur et cette tendance à confondre ce qui nous est familier avec l'essence même de la foi peuvent, elles aussi, devenir des gardiens invisibles. Dans sa prédication sur Actes 11, le pasteur David Jang, fondateur de l'Olivet University aux états-Unis, nous conduit précisément devant ce seuil et nous demande à qui l'évangile est ouvert, et quels murs l'église est appelée à renverser.
Le cœur de cette prédication ne se réduit pas à une simple vertu d'ouverture ou de tolérance. Elle porte une conviction théologique plus profonde : l'œuvre de Dieu franchit les frontières tracées par les hommes avant même que ceux-ci ne l'aient compris, et l'église n'est pas propriétaire de ce mouvement. Elle est une communauté appelée à écouter et à obéir. Actes 11 progresse à travers le conflit et la défense, la reconnaissance et l'expansion, la collaboration et le service. Au terme de ce mouvement, l'église d'Antioche apparaît comme une communauté évangélique capable d'embrasser le monde.
L'évangile franchit les frontières que nous avons établies
La première scène d'Actes 11 met face à face deux communautés issues d'horizons différents. D'un côté se trouve l'église judéo-chrétienne, constituée autour de Jérusalem. De l'autre, une communauté de non-Juifs ayant accueilli l'évangile. La nouvelle selon laquelle Pierre était entré dans la maison du païen Corneille, lui avait annoncé l'évangile et avait mangé avec lui fut difficile à accepter pour ceux qui accordaient une grande importance à la tradition juive. Pour eux, cette table n'était pas simplement le lieu d'un repas. Elle représentait un espace où une identité et des frontières préservées depuis longtemps semblaient vaciller.
Le problème ne réside pas dans la tradition elle-même. Il apparaît lorsque la tradition devient la norme absolue à partir de laquelle on juge l'œuvre actuelle de Dieu. Le zèle pour préserver la pureté de l'évangile peut paradoxalement conduire à repousser ceux vers qui l'évangile veut aller. Les différences de génération, de langue, de style de culte et d'arrière-plan culturel présentes dans l'église contemporaine nous confrontent à la même question : préservons-nous véritablement l'essence de la foi, ou avons-nous placé nos habitudes familières à la place de cette essence ?
Les préjugés se présentent rarement sous le visage évident de la haine. Ils revêtent souvent l'apparence d'une intention respectable. Une limite établie afin de maintenir l'ordre, de préserver la tradition ou de protéger la pureté de la communauté peut, à un certain moment, devenir un mur qui exclut les personnes. C'est pourquoi la foi exige non seulement du zèle, mais aussi du discernement. Nous devons examiner si les critères auxquels nous nous attachons servent réellement l'évangile ou s'ils protègent simplement notre désir de ne pas être ébranlés par le changement.
Lorsque nous nous taisons devant le Saint-Esprit, notre foi s'élargit
Face aux critiques, l'explication de Pierre ne relève pas d'une tentative de justification personnelle. Il raconte successivement la vision qu'il a reçue pendant qu'il priait, la voix venue du ciel, l'arrivée des hommes envoyés par Corneille, l'ordre du Saint-Esprit de partir avec eux « sans aucune hésitation », puis le témoignage des frères qui l'accompagnaient. Sa défense ne consiste pas à affirmer obstinément qu'il avait pris la bonne décision. Elle consiste à témoigner de la direction de Dieu à laquelle lui-même n'avait pu résister. Toute son explication converge vers cette confession : « Qui étais-je, moi, pour pouvoir m'opposer à Dieu ? »
Cette confession révèle combien la foi implique un profond renoncement à soi-même. Pierre ne s'appuie pas sur son autorité d'apôtre pour imposer sa décision. Il place ce que Dieu a accompli au-dessus de sa propre personne. L'œuvre du Saint-Esprit ne se contente pas de renforcer ses convictions. Elle brise également les cadres anciens de sa pensée. L'obéissance ne consiste pas toujours à appliquer une réponse déjà connue. Elle peut signifier reconnaître ses propres limites devant une vérité plus vaste que Dieu nous révèle.
La réaction de ceux qui avaient critiqué Pierre est encore plus remarquable. Après avoir entendu ses paroles, ils gardèrent le silence. Ils reconnurent que Dieu avait également accordé aux non-Juifs la repentance qui conduit à la vie, puis ils lui rendirent gloire. Au lieu de considérer comme une humiliation le fait que leur opinion ait été remise en cause, ils se réjouirent davantage de voir la volonté de Dieu manifestée. Leur silence n'était pas une défaite. Il était le signe d'une foi mûre, capable d'élever l'œuvre de Dieu au-dessus de ses propres idées préconçues.
La prédication du pasteur David Jang transpose cette scène dans nos relations contemporaines. Combien de frontières invisibles traçons-nous devant une personne qui possède des opinions politiques différentes des nôtres, devant un croyant dont la sensibilité spirituelle ne ressemble pas à la nôtre, ou devant un voisin qui ne croit pas encore ? Avoir un cœur ouvert ne signifie pas accepter toutes les différences sans discernement. Cela signifie commencer par écouter en silence, chercher à discerner si la volonté de Dieu est à l'œuvre et, lorsque nous la reconnaissons, être prêts à rendre toute la gloire à Dieu. La foi s'élargit davantage lorsque nous nous abaissons devant Dieu que lorsque nous élevons la voix.
La grâce d'Antioche grandit grâce à des mains restées anonymes
Tandis que le conflit s'apaisait à Jérusalem, l'évangile se répandait déjà vers des territoires plus vastes. Des croyants anonymes, dispersés à la suite de la persécution survenue après étienne, atteignirent Antioche et y annoncèrent la Parole. Quelques hommes originaires de Chypre et de Cyrène proclamèrent aussi l'évangile aux Grecs. La main du Seigneur étant avec eux, un grand nombre de personnes crurent et se tournèrent vers le Seigneur. À l'origine de l'église d'Antioche, il n'y avait pas d'abord des noms célèbres, mais l'obéissance de croyants ordinaires qui avaient franchi les frontières.
Cette scène montre que l'histoire de l'église n'est pas construite uniquement par des personnalités remarquables. Une parole prononcée sans rechercher la reconnaissance, une main tendue vers un inconnu ou un petit service accompli fidèlement dans un lieu que personne ne remarque peuvent devenir les semences d'une nouvelle communauté. La grâce ne commence pas toujours dans le langage de projets grandioses. Le chemin de l'évangile s'ouvre aussi lorsqu'une personne franchit le mur de son propre cœur et lorsqu'une communauté accueille l'étranger comme un frère.
Barnabas, envoyé par l'église de Jérusalem, vit la grâce de Dieu à l'œuvre à Antioche et s'en réjouit. Il ne chercha pas à retenir cette œuvre sous son propre nom. Il partit à Tarse pour trouver Saul et l'établit comme collaborateur. Grâce au service de ces deux hommes, les disciples furent appelés « chrétiens » pour la première fois à Antioche. Le leadership de Barnabas ne consistait pas à se mettre en valeur, mais à discerner les dons d'une autre personne et à lui faire une place pour le royaume de Dieu. Une communauté saine ne classe pas les personnes selon un esprit de compétition. Elle élargit l'horizon de l'évangile en permettant à chacun de fortifier les autres.
Lorsque le nom de chrétien devient une espérance pour le monde
Le nom de « chrétiens » donné aux disciples d'Antioche n'était pas un slogan qu'ils avaient inventé pour se désigner eux-mêmes. Ce nom leur fut attribué parce que leur manière de vivre les faisait reconnaître dans le monde comme une communauté suivant Jésus-Christ. Lorsque les paroles et les actes, les relations et les valeurs ne sont pas séparés de l'évangile, la foi cesse d'être une simple explication pour devenir un témoignage. Plus que le nom porté par une église, ce qui importe est ce que le monde voit réellement à travers ce nom.
Lorsque l'église d'Antioche apprit qu'une famine allait frapper Jérusalem, chacun de ses membres décida, selon ses moyens, d'envoyer une aide aux frères. La communauté qui avait reçu l'évangile se souvenait désormais de la dette de grâce qui était la sienne et partageait la souffrance de l'église mère. Elle ne limita pas le renversement des frontières à des paroles ou à une hospitalité de principe. Elle le traduisit par un partage concret et par une responsabilité réelle. Une église qui embrasse le monde n'est pas d'abord une communauté cherchant à étendre son influence. Elle est une communauté qui accueille la douleur des autres comme si elle était la sienne.
La conclusion que le pasteur David Jang dégage d'Actes 11 est claire. Le royaume de Dieu s'étend au-delà de nos préjugés et de nos limites, et le Saint-Esprit renverse les murs formés par les pensées figées et les relations bloquées. Le chemin du chrétien consiste à obéir à la direction de Dieu comme Pierre, à savoir changer de pensée comme les croyants de Jérusalem, à faire grandir ses collaborateurs comme Barnabas et à manifester l'évangile par sa vie et son service comme l'église d'Antioche.
L'évangile n'est pas une force destinée à élargir les frontières de notre propre camp. Il est la grâce qui nous conduit vers les personnes que Dieu a déjà accueillies dans son cœur. Vers qui ma méditation biblique et ma vie de foi ouvrent-elles aujourd'hui une porte ? Devant qui suis-je encore arrêté sur le seuil ? Ce que je cherche à préserver est-il réellement l'essence de l'évangile, ou seulement une frontière sécurisante créée par mes habitudes ? Devant cet endroit que le Saint-Esprit a déjà franchi, resterai-je jusqu'au bout un gardien de la porte, ou deviendrai-je un chrétien disposé à s'asseoir à la même table ?
















